Georges Quertant (1894 – 1964)

 

Chevalier de la Légion d'Honneur

Officier des Palmes Académiques

 

 

 

 

« Georges Quertant, en un labeur acharné, intelligent et sans défaillance, a parcouru un magnifique itinéraire intellectuel qui l’a conduit, sans faux pas, de l’Art à la Sciences et de celle-ci à la forme la plus haute de l’Esprit et de la Bienfaisance ».

 

Tel est l’hommage adressé à Georges Quertant par la Société Scientifique et Littéraire de Cannes dont il fut le Président pendant 28 ans et qui je le crois résume parfaitement sa carrière et sa personnalité.

Des 7 notes aux 7 couleurs

 

 

D'origine Picarde de par son père et Provençale de par sa mère, Georges QUERTANT est né à Digne en 1894.  Il se consacre dès son plus jeune âge à la musique et dès 1910, résidant à Amiens, il devient  professeur de piano et de musicologie, titulaire des Grandes Orgues de l'Eglise Saint-Germain, fondateur de la Société Symphonique « Le Septuor ». Réformé de guerre et évacué d'Amiens, il s'établit à Cannes, en 1918, comme professeur de musique et de chant choral aux Lycées Carnot et Jules-Ferry.

 

Devenu compositeur et chef d'orchestre, directeur artistique de l' « Association Beethoven » de Cannes, il dirige plus de 300 concerts donnés au profit d'œuvres de bienfaisance.

 

Cette incessante volonté d’être utile à son prochain est une clé essentielle pour comprendre l’évolution de sa pensée.

 

Georges Quertant manifeste très vite une vocation pour  la pédagogie. Il met au point des méthodes d’enseignement musical qui, je le cite, " donneraient [aux enfants] la possibilité de se libérer de la servitude des nécessités physiques nécessaires, pour pouvoir exprimer avec plus de liberté leur intellect, leur spiritualité artistique".

 

Les enfants inadaptés, déficients ou retardés, les adolescents et étudiants, ainsi que les prisonniers et déportés en réinsertion étaient au cœur de ses  préoccupations. Georges Quertant se référait souvent aux propos d’Alexis Carrel : « la civilisation a pour but non pas le progrès de la science et des machines, mais celui des hommes… » 

 

Ayant lu dans la presse médicale des articles traitant du rôle de la musique en thérapeutique, il décide de donner, avec son orchestre de chambre, des concerts au sein du service psychiatrique de l’hôpital d’Amiens dont son frère ainé à la charge en qualité de médecin.  Les résultats sont surprenants. Mais les moyens audio sont encore rudimentaires …

 

Or le jeune professeur de musique, qui a étudié dans les livres de science de son frère, aussi bien l’organisation nerveuse de l’ouie que celle de la vision, estime que les résultats obtenus avec l’excitant « son » pourraient l’être aussi bien avec l’excitant « lumière », élément plus stable et maniable, d’autant plus qu’il existe une analogie entre les 7 notes de la gammes et les 7 couleurs du spectre lumineux.

 

Evoquant cette expérience, dans une conférence donnée en juin 1959, GQ déclare : « j’obtins de beaux résultats qui, je l’avoue, dépassaient toutes mes espérances, et dont je ne pouvais expliquer le processus , à tel point que je conçus le projet d’aller plus loin dans cette voie et de réaliser des méthodes de culture physique nerveuse en parallèle à ce que le poète Ling (créateur de la gymnastique suédoise) au 19è siècle avait fait pour les muscles.

 

 

 

De l’art à la science …

 

 

A Amiens ou Georges Quertant grandit, il rencontre régulièrement Jules Verne, écrivain visionnaire qui décèle chez cet enfant le savant qu’il deviendra quelques décennies plus tard.

 

Georges Quertant était en effet un chercheur insatiable. Précurseur des techniques de l’ « Electro-encéphalographie », il fut l’un des tout premiers à utiliser les ondes neuro-bio-électriques. En définissant les fondamentaux de la « Neuro-bio-mécanique » dès 1930, il apparut comme véritable pionnier de la « Cybernétique », science nouvelle largement utilisée à présent, par les mathématiciens, physiciens et physiologistes.

 

C’est à la « Neuro-Somato-Psycho-Pédagogie » qu’il consacra l’essentiel de sa vie de chercheur et élabora la « Culture Psycho-Sensorielle » (C.P.S) qu’il rendit public en 1937 à Paris devant le premier congrès international de psychiatrie infantile. Cinq ans plus tard, le Secrétariat à la Famille et à la Santé approuva la valeur de la méthode et autorisa son application. 

 

La 10ème leçon de « La Physiologie et la Pathologie du système nerveux » de 1858 énoncé par Claude Bernard, « le père de la médecine expérimentale » et maître à penser de Georges Quertant, à qui il rendra maintes fois hommage, est une véritable révélation : « En apprenant à manier ces organes nerveux et qui servent de régulateurs aux fonctions, la physiologie donnera un moyen d’actions sur les manifestations les plus élevées des êtres vivants ».

 

Pour Georges Quertant, c’était « la clé d’un des plus grands problèmes touchant l’amélioration de l’être humain» :  apprendre à manier ces centres. Débute alors un travail d’une ampleur inimaginable. Il lui faut, en tant que « physiologiste amateur » comme il se baptise lui même avec humour, découvrir parfaitement les organes nerveux et le mécanisme de leur fonctionnement, définir et contrôler le rôle des agents excitateurs internes et externes. Il étudie donc, inlassablement l’anatomie et la physiologie du système nerveux, approfondit ses connaissances en physique, réfléxologie, neuro-enocrinolgie, psycho-physiologie, en mécanique, acoustique, optique, conçoit, expérimente des outils d’observation et de mesure…  

 

… 25 années de recherche passant, déclare-t-il, par les phases successives et nécessaires : l’intuition du problème à résoudre, le doute de soi par scrupule, enfin la certitude expérimentale qui donne à l’imagination la fièvre enthousiaste d’un nouvel essor pour aller loin ».

 

La 10ème leçon énoncée par Claude Bernard trouve enfin son application dans la pédagogie nerveuse de G. Quertant. Réalisée sur des bases solides, ses résultats sont du domaine du réél, aucun empirisme, aucun mystère ne l’entoure et les faits ayant été réduits à la proportion de phénomènes dont on a pu fixer le déterminisme, la CPS Quertant peut désormais s’intégrer d’elle même à l’arsenal de la Science et de la Pédagogie.   

 

Ces travaux lui valurent honneurs et distinctions des milieux scientifiques et éducatifs. De nature modeste et soucieux de conserver le caractère  culturel et philanthropique de ses travaux, il décline les offres qui lui sont faites tant en France qu’à l’étranger. Et c’est assisté de sa fille Marguerite qu’il poursuivra ses recherches à Cannes jusqu’à sa mort en en 1964. 

 

 

Sources :

  • Extrait des Annales de la Société Scientifique et Littéraire de Cannes

  • Nouveaux espoirs de guérir - Jean Palaiseul,  Laffont 1984

  • Une méthode de Neuro-Physiologie appliquée – La Culture Psycho-Sensorielle, Marguerite Quertant